L’Afroborinqueño* : Arturo Alfonso Schomburg

par Georges Monny

Pour les Noirs, Hispaniques et autres minorités victimes de stéréotypes et de préjugés racistes, la simple prise de conscience de leur propre culture est une question de vie ou de mort. Arturo Alfonso Schomburg, le « père de l’histoire noire-américaine », l’avait compris :

« Ce qui aux yeux d’une nation est considéré en général comme un luxe représente pourtant, pour les gens de couleur, une nécessité fondamentale dans la société. »

Ce cri du cœur contre une insupportable injustice vient d’un gosse noir portoricain survolté par la hargne de son instituteur, un homme d’ascendance européenne qui, au beau milieu du cours d’histoire, poussa l’ignominie jusqu’à proclamer que les peuples de couleur n’avaient ni histoire, ni figures héroïques, et encore moins des réalisations dignes de ce nom.

Cette sentence sans appel, venue exacerber la curiosité déjà marquée du jeune Schomburg pour l’Histoire, suscita en lui une vocation mue dès lors par une seule et unique obsession : transformer un sujet prêtant à discussion, l’Histoire des Noirs, en un corpus cohérent fondé sur des faits concrets. C’était en 1925, bientôt cent ans !

Entre-temps, le tristement célèbre rédacteur du Discours de Dakar, Henri Guaino, ainsi que son suzerain salonnard Nicolas Sarkozy, n’avaient certainement jamais rien lu de lui lorsqu’ils avancèrent maladroitement que l’ « Homme noir [n’était] pas suffisamment entré dans l’Histoire » ! Las ! Le vide historique auquel ils se référaient alors n’avait fait que refléter crûment celui, abyssal, de leur pensée ! Renvoyons-les donc à leurs chères lectures ineptes et, incidemment, à Schomburg pour les faits têtus.

Lire Le discours de Dakar, une insulte à l’Afrique, l’article de l’écrivain et psychanalyste Marie Darrieusecq paru dans le Huffington Post

Sorghum Market, Konso Tribe // CC BY-SA 2.0 Rod Waddington
Sorghum Market, Konso Tribe // CC BY-SA 2.0 Rod Waddington

Une prise de conscience précédée d’un trauma

Touché à vif par les propos outranciers de son maître d’école, Schomburg résolut de se noyer… certes… mais dans la lecture insatiable de tout ce qui se trouverait à portée de sa main, en anglais comme en espagnol, susceptible de se référer à l’Histoire de l’humanité. Dans le même élan, il se jura par ailleurs de faire l’acquisition de tout ce qui aurait une quelconque valeur historique dans ce sens afin de rassembler une collection permettant de réfuter scientifiquement, preuves à l’appui, les théories fumeuses à la mode d’alors. L’objectif recherché ? Révéler au grand jour toutes les erreurs dues à une méconnaissance manifeste de l’Histoire de l’humanité – ou toute tentative délibérée de tronquer celle-ci ‑ par ceux qu’il se plaisait à qualifier de « charlatans ».

Il rétorquait, du tac au tac, à quiconque osait soutenir la théorie d’une prétendue infériorité des Noirs, et c’est ainsi que, de fil en aiguille, une soif inextinguible pour l’histoire des réalisations des peuples de couleur, à Porto-Rico et dans les Caraïbes, s’empara de lui.

Schomburg était persuadé que la principale raison pour laquelle la race noire pâtissait d’un irrespect général reposait sur cette méconnaissance instrumentalisée de l’histoire des gens de couleur et de leur legs culturel. Déjà en 1925, il écrivait :

« De génération en génération, l’on dispense à l’humanité tout entière des cours d’Histoire réduits en un tissu de contre-vérités, une Histoire qui bannit le rôle et l’influence des peuples africains et de leur descendance. »

Schomburg finit par se jeter corps et âme dans une quête sans répit, en vue de pallier la désinformation du grand public et parfaire son éducation : il lui fallait mettre au jour toutes les informations ou les preuves matérielles susceptibles de démontrer la vigueur de la culture et des réalisations des peuples de la diaspora africaine. Il commença à en fournir, peu à peu, jusqu’aux détails infimes, rassembla la documentation y afférente et entreprit de la diffuser à grande échelle. C’est ainsi que, au fur et à mesure de ses recherches, il réunit une collection conséquente, impressionnante et unique, d’une dizaine de milliers d’objets en provenance des quatre coins du globe.


La Schomburg Collection of Negro Literature & Art
D’après les dires de Howard Dodson, l’ancien directeur du Schomburg Center for Research in Black Culture qui abrite aujourd’hui cette collection, « elle comprenait plus de 5 000 livres, 3 000 manuscrits, 2 000 eaux-fortes et portraits, et plusieurs milliers d’opuscules ». Parmi ces artefacts, on pouvait découvrir des manuscrits portant la signature de la poétesse Phillis Wheatley, la première poétesse noire à publier un livre en 1753, plusieurs almanachs de Benjamin Banneker, la correspondance de Toussaint Louverture, diverses éditions de l’Interesting Narrative of the Life of Olaudah Equiano, or Gustavus Vassa the African, la première autobiographie parue d’un esclave noir en 1789, des objets-souvenirs du célébrissime poète russe d’ascendance africaine Alexandre Pouchkine, et un volume de poèmes datant du XVIe siècle et signés Juan Latino, un Africain qui fut titulaire de la Chaire de Poésie à l’Université de Grenade.
Outre des objets rares, de valeur inestimable, ayant appartenu à des Africains américains d’exception tels Paul Lawrence Dunbar, Jupiter Hammon, Martin Delany et Frederick Douglass, Schomburg rassembla également toutes sortes d’éléments relatifs aux Noirs et à l’histoire des Noirs en Europe, en Russie, dans les Caraïbes, en Afrique et en Amérique du Sud.
Cet ensemble représente la pierre de touche du fameux legs Schomburg, dont il tirait les sources qui alimentaient ses recherches et les travaux de ses contemporains.

Pour comprendre les motivations à l’origine de la collection de Schomburg (les déblatérations de l’instituteur pourraient être reformulées à partir de la séquence suivante : « Tu n’as pas de passé [tu es noir, tu es le néant] – tu n’as pas de présent [tu n’as pas de nom à toi, tu es invisible, tu n’es rien] – ergo, tu n’as pas de futur [ton avenir est compromis à jamais] ») et appréhender son approche du rôle de l’éducation dans la société, il serait intéressant de prendre en considération les personnages qui l’ont inspiré : il s’agit, pour l’essentiel, de Toussaint Louverture, Rafael Cordero Molina, José Marti et Antonio Maceo.

Instruction = émancipation

En effet, la première figure héroïque noire ayant exercé une fascination sur le jeune Schomburg fut incontestablement le Père de la première République noire indépendante, Haïti.

Par le tour de force qu’il réussit en transformant des hordes d’esclaves désorganisés et en pleine révolte (1791) en une armée capable de mettre en déroute leurs colons blancs alliés aux Anglais et aux Espagnols, le Général de division Toussaint Louverture (~1743-1803) eut vite fait d’emporter la vénération de l’adolescent à la recherche de ses modèles.

Relire notre article Haïti, comment t’aider ?

Cela dit, Schomburg eut à subir également l’influence de ses éducateurs et, sur ce plan précis, Rafael Cordero Molina laissa une empreinte indélébile dans sa pensée. Connu sous le nom du « Père de l’Education à Porto-Rico », Rafael Cordero Molina (1790-1868) était un autodidacte portoricain. Il fut à l’origine de la création, en 1810 à San Juan, de la première école gratuite pour enfants noirs, mulâtres et pauvres.

Selon le bréviaire de Cordero, il était impératif que les minorités accordassent une importance primordiale à leur instruction, et à l’évidence, les choix éducationnels de Cordero brillaient par leur effet émulateur sur ses jeunes élèves. Ces derniers prirent de plus en plus conscience de leurs droits et du rôle qui leur incombait au sein de la société.

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Inside Natural History Museum by Matthias Ripp

L’école gagna en notoriété jusqu’à la classe aisée de San Juan, qui se mit à y inscrire sa progéniture. Schomburg doit certainement à Cordero son adhésion sans réserve à la croyance dans l’égalité des chances offerte aux minorités par l’éducation. Au reste, l’œuvre intégrale de Schomburg reflète sa foi en l’importance de la prise de conscience culturelle qui, à son tour, entretient son amour-propre.

Selon ses propres termes, « la prise de conscience culturelle correspond à une prise de pouvoir » ; or, « dans l’exercice du pouvoir, comment réussir avec efficacité sans avoir au préalable pris le contrôle du savoir au plan culturel ? » On aurait cru entendre Antonio Gramsci : « Il n’y a pas de prise du pouvoir politique sans au préalable une prise du pouvoir culturel. »

Schomburg insistait sur le rôle essentiel de la conscience culturelle parce que celle-ci développait, selon lui, une manière d’être, un comportement, des valeurs et des facultés qui s’avéraient utiles dans la réussite au plan académique. À ses yeux, la prise de conscience culturelle n’était en réalité qu’une stratégie de prise du pouvoir, laquelle visait, en fin de compte, à susciter des leaders au sein des communautés minoritaires et, par suite, parvenir à opérer des transformations dans la société.

Schomburg était fermement convaincu que la conscience culturelle impliquait au premier chef une valorisation de sa propre culture, en un mot : le respect de soi-même né de la conscience commune que partage en son sein un groupe particulier.


Pour l’intégration raciale : Plaidoyer pour la création d’une chaire d’Histoire nègre dans nos universités
Dans son essai intitulé For Racial Integrity : Plea for the Establishment of a Negro History Chair in Our Academies, Schomburg explique que les valeurs culturelles sont d’une importance capitale pour nos familles parce que c’est par le truchement de la famille que l’individu reçoit ses premiers apprentissages sur la nature du monde. De même, c’est la famille qui apprend aux jeunes les comportements en conformité aux normes sociales.
Or, la dévalorisation de la culture conduisant à une déstructuration de notre propre identité, un renversement de nos valeurs propres, nos coutumes et nos traditions, l’individu se sent moins motivé par rapport aux réalisations à accomplir sans ce travail de mise en valeur de sa propre culture, et, par suite, il se retrouve plus vulnérable face aux déboires de la condition humaine.
Schomburg a constaté que, aux Etats-Unis, la fierté conçue à juste titre par les minorités pour leur propre culture, comme l’éducation à leur propre histoire, revêtent la plus haute importance puisqu’elles leur permettent de surmonter à la fois les déconvenues liées à la problématique raciale, civique et économique, et les défis à relever au quotidien. Cette obsession le suivait à la trace, car Schomburg se découvrit même une autre vocation à New York.
Il se mit à livrer bataille contre les éditeurs et les producteurs afin que, au lieu de véhiculer des stéréotypes éculés, ils présentent plutôt une image positive des Noirs dans les médias, les livres ou les spectacles. Et pour faire bonne mesure, lui-même publia plusieurs essais d’intérêt primordial. Il rédigea beaucoup d’articles et tint énormément de conférences sur l’éducation, l’égalité des chances, l’Histoire et la politique dans les Caraïbes et à Porto-Rico, sans oublier l’Histoire de l’Afrique.
Dans son plaidoyer, Schomburg s’engageait déjà activement dans le combat pour l’institution de Départements d’études et de recherches sur l’Histoire des Noirs dans toutes les universités noires du pays. Entre-temps, il rassembla également les textes et les artefacts qui devaient servir de supports autant pour les cours d’Histoire et de Littérature noire que pour les Etudes portoricaines. Il portait ancré en lui le sentiment que l’éducation pourrait mener à une connaissance de soi-même susceptible de nous propulser à un niveau de conscience sociale plus élevé.
Ce travail de recherche dans le domaine de l’éducation fut récompensé par le Prix de la Harmon Foundation en 1927.

Du vivant de Schomburg, les Noirs devaient faire face à d’énormes obstacles à leur mobilité sociale, autrement plus redoutables que ceux opposés par la société actuelle. En ce temps-là, le système éducationnel destiné aux Noirs américains, totalement inadapté, les empêchait de maîtriser les tâches cruciales qu’il leur aurait fallu affiner au cours de l’enfance et l’adolescence et qui étaient nécessaires au développement de l’enfant. Ces circonstances avaient eu une influence négative sur leur cursus universitaire, leur carrière professionnelle et leur réussite sociale dans la vie d’adulte.

D’après les analyses de Schomburg, les facteurs énumérés ci-dessus conduisaient fatalement au chômage, à la criminalité et à l’incarcération de masse pour les Noirs. Aussi Schomburg tenait-il pour sûr et certain que les cours du soir pour adultes puissent représenter la voie toute désignée pour accéder à la prise en charge de leur propre destin.

Voir The 13th, le documentaire de la réalisatrice Ava Duvernay explorant les liens entre la race, la justice et l’incarcération de masse aux États-Unis, disponible sur Netflix

Dans son for intérieur, Schomburg restait persuadé de l’obligation devant laquelle ils se trouvaient de devoir apprendre sans répit, tout au long de leur vie, par pure nécessité. « La soif d’apprendre est une condition essentielle pour notre survie », écrivait-il.

Selon lui, de nombreux handicaps, comme la discrimination à laquelle se heurtaient les Noirs et les Hispaniques aux Etats-Unis, pouvaient être surmontés, du moins en partie, par l’institutionnalisation de l’éducation culturelle en tant qu’outil d’apprentissage de l’autonomie.

Schomburg pensait que les communautés devaient s’appuyer sur la valorisation de leur culture pour se responsabiliser, et par suite, prétendre à des niveaux plus élevés de progrès socio-économique, de réussite à l’Université, dans les arts, dans la musique ou les autres formes de créativité enrichissantes. Il avait le sentiment qu’une telle prise de conscience ne pourrait s’avérer profitable que si et seulement si l’on avait recours à des méthodes d’instruction adéquates.

Une mémoire multiculturelle à la fois latino et africaine

Schomburg avait découvert que la participation, en tant que manière d’être dans le groupe, était à la base même des traditions africaines et latino, et représentait en soi une priorité si vitale qu’aucun développement n’aurait pu se concevoir sans que ce mode d’expression à la fois cognitif, affectif et comportemental ne se manifeste en actes. Par conséquent, ces facteurs devaient être pris en compte par les Africains-Américains et les Latinos en tant que méthodes d’apprentissage destinées à optimiser leurs résultats.

À cette époque, le « racisme scientifique » prôné par la plupart des statisticiens de l’éducation, psychologues, politiciens et autres « charlatans » justifiait la disparité dans les succès scolaires soit par des défauts « génétiques et héréditaires », soit par des pathologies familiales, soit par des « spécificités » propres aux gens de couleur.

Dans un essai publié dans Crisis, Schomburg avait catégoriquement balayé toute leur casuistique d’un revers de la main. Il avait dit vertement sa réprobation à l’endroit d’un système éducationnel qui ne tenait pas compte des besoins liés à la diversité culturelle des étudiants, ni des privations indissociables de leur vie de nécessiteux. En conclusion, les établissements scolaires avaient, selon lui, échoué dans la mission d’éducation qui leur incombait. Il était donc important de remédier à ces défaillances pour réussir à gommer les inégalités qui résultaient des disparités dans les succès scolaires.

Tous comptes faits, force est de reconnaître une vérité : lorsque Arturo Alfonso Schomburg s’était lancé dans cette aventure solitaire, il n’avait pour seul viatique que l’enracinement dans sa mémoire multiculturelle à la fois latino et africaine, déterminé qu’il était d’apporter la preuve du rôle joué dans la civilisation universelle par les peuples d’origine africaine.

En effet, Schomburg était en lui-même un microcosme qui réunissait en un seul homme tous les enjeux mondiaux, et s’il était encore vivant de nos jours, nul doute qu’il aurait mis au jour les mêmes problématiques sociétales qu’il s’était employé assidûment à résoudre. Il aurait alors constaté que ses efforts n’avaient pas été vains et que sa philosophie de l’éducation s’était réalisée dans la pratique. En effet, certains établissements universitaires, y inclus certains seconds cycles de lycée, s’étaient mis à proposer des cursus en Etudes latino-américaines, en Histoire des Noirs et en Littérature.

Cependant, une question restait entière : ces bouleversements nécessaires à l’évolution de la société, comment Schomburg aurait-il pu les réaliser sans un soubassement doctrinal politique ? La logique exigeait donc qu’il se tournât vers une troisième figure tutélaire, son maître à penser José Martí. José Martí (1853-1895), le fondateur du Parti Révolutionnaire cubain, n’était pas seulement une immense figure politique, il était de surcroît un philosophe et un poète. Schomburg vouait une sorte de fascination pour sa doctrine, comme il admirait une autre personnalité cubaine, Antonio Maceo « le Titan de Bronze » (1845-1895), numéro 2 de l’Armée de l’Indépendance.

C’est ainsi qu’il se trouva de plus en plus impliqué dans les luttes de libération à la fois de Cuba et de Porto-Rico. A l’heure où l’Espagne exerçait une pression des plus fortes pour réprimer toute forme de dissidence dans ces îles, Schomburg était considéré comme un « activiste militant ».

Arturo Alfonso Schomburg
Arturo Alfonso Schomburg

Toutefois, il y a une date à retenir auparavant, c’est la fondation en 1911 de la « Negro Society for Historical Research » ‑ la Société des Noirs pour la Recherche historique ‑, une des annexes de l’Académie négro-américaine : l’ « American Negro Academy ». Cet institut avait pour but d’encourager les efforts dans la recherche académique. Bien des années plus tard, Schomburg allait présider aux destinées de cette American Negro Academy qui, fondée à Washington D.C. en 1874, couronnait l’excellence en Histoire des Noirs et en Littérature.

Des esprits chagrins ont laissé entendre que Schomburg s’était mis à prendre ses distances vis-à-vis de la communauté latino-américaine au fur et à mesure que son engagement aux côtés de la communauté africaine-américaine prenait corps. Néanmoins, d’autres plus cléments restaient persuadés que Schomburg ne pouvait jamais oublier l’amour profond qu’il nourrissait pour Porto-Rico et les Caraïbes.

Schomburg n’éprouvait aucun embarras à se présenter comme Noir et Portoricain. Sa conception globalisante de l’identité culturelle africaine lui permettait non seulement de jeter des passerelles entre les diasporas africaine proprement dite, africaine-américaine, afro-caribéenne et afro-latino, mais elle lui fournissait en outre l’occasion de bâtir une structure durable propice à la compréhension et le respect mutuels entre ces différentes communautés.


W.E.B. Du Bois et le mouvement de la Harlem Renaissance
Au tournant du XXe siècle, un mouvement social et littéraire vit le jour, plus connu aujourd’hui sous le nom de la Harlem Renaissance. En dispensant aux adultes ses cours d’Histoire et de Civilisation noire, Schomburg devint un personnage phare de cette époque. Il se jeta corps et âme dans la « Harlem Renaissance », qui allait s’étendre aux autres communautés africaines-américaines des Etats-Unis. Les militants de droits civiques africains-américains choisirent de mettre en avant des artistes et des écrivains afin que ce soit eux qui travaillent à la réalisation des buts recherchés. C’est l’éclosion de cette culture africaine-américaine qui reçut la dénomination de « Harlem Renaissance ».
Arturo Schomburg s’était façonné une réputation de supporter irréductible des causes défendues par les Noirs. Il avait pris une carte de membre dans trente organisations noires au moins. A l’époque, il y avait à l’avant-garde de la lutte pour les droits civiques un professeur d’Histoire et de Sociologie à Harvard, un Noir du nom de W.E.B. Du Bois.

Legacy of Courage: W.E.B. Du Bois and The Philadelphia Negro from Amy Hillier on Vimeo.

En 1905, Du Bois, accompagné par des activistes politiques africains-américains de premier plan, organisait une réunion à New York avec des Blancs qui militaient de leur côté pour les droits civiques. C’est ainsi que, en 1909, ils fondèrent ensemble la NAACP (« National Association for the Advancement of Colored People » – Association nationale pour le Progrès des Gens de Couleur), dans le but de promouvoir les droits civiques et de lutter contre la spoliation des Africains-américains de leurs droits. Dans la foulée, en 1912, Schomburg se hisse au sommet en tant que codirecteur de rédaction de l’ Encyclopaedia of the Colored Race ‑ l’ « Encyclopédie de la race de couleur ».
Aussi, c’est à partir de sa collaboration avec de telles sommités qu’il a pu publier ses œuvres les plus remarquables : en 1916, A Bibliographical Checklist of American Negro Poetry – « Bibliographie récapitulative de la poésie noire américaine »puis, en 1925, son célèbre essai The Negro Digs Up His Past ‑ Le Nègre doit déterrer son passé, dont la première phrase proclame sans circonlocution : « Pour bâtir son avenir, le Noir américain doit reconstruire son histoire. » L’historien John Henrik Clarke raconte qu’il avait été tellement bouleversé par cet essai qu’il décida, à l’âge de dix-sept ans, de quitter sa ville natale de Columbus, en Géorgie, rien que pour aller s’inscrire aux cours de Schomburg.

Intellectuel reconnu parmi ses pairs… et au-delà !

Des encouragements à la fois financiers et moraux lui permirent d’agrandir sa collection et de poursuivre ses travaux de recherches sur l’Histoire des Noirs dans le Monde. Alors qu’il fournissait des sources historiques à la plupart des activistes politiques et des historiens du début du XXe siècle, la Bibliothèque publique de New York fait l’acquisition de cette collection en 1926 : elle fut cédée pour 10 000 dollars à la Fondation Carnegie. Et même après l’avoir vendue à la Bibliothèque publique de New York, il en fut nommé bibliographe en 1932.

Entre-temps, en 1929, Arturo Alfonso Schomburg avait d’abord accepté un poste à la bibliothèque de la Fisk University de Nashville, Tennessee, en tant que conservateur de sa collection dédiée aux Noirs. Mais en dépit de la brièveté de cette parenthèse professionnelle à Fisk, son souvenir restera vivace dans l’esprit des étudiants, et leurs travaux ultérieurs témoigneront de l’influence qu’il exerça sur eux. A Fisk, Schomburg réussit également à réunir une remarquable collection de souvenirs semblables aux objets qu’il avait déjà commencé à rassembler.

Schomburg continua à parcourir les Etats-Unis, prenant la parole dans les universités et donnant des conférences. Il ne cessait de rechercher de quoi étoffer sa collection. Dans le cadre de son programme de recherche en littérature afro-cubaine, il dut se rendre à Cuba en 1932. C’est à son retour à New York que Schomburg fut embauché par le Département d’Histoire des Noirs de la Bibliothèque publique de la ville de New York en tant que conservateur de la collection que lui-même avait conçue en rêve et qu’il avait sacrifié sa vie à réaliser.

Le même soin méticuleux, le même goût pour la recherche et la même abnégation qu’il avait mise à réunir sa collection privée, il en fit preuve pour développer une collection pour la Bibliothèque. C’est cette collection qui porte aujourd’hui le nom de « Schomburg Center for Research in Black Culture » – le Centre de Recherches Schomburg pour la Culture noire.

Schomburg fut élevé à la dignité de grand-maître de la loge maçonnique « El Sol de Cuba » numéro 38 (rebaptisée plus tard la loge « Prince Hall »), puis Grand-Secrétaire de la Grande Loge de l’Etat de New York). Il lui fut par ailleurs attribué la distinction de Membre honoraire du Men’s Business Club de Yonkers, New York, de même qu’il occupa le poste de Trésorier de la section new-yorkaise des « Loyal Sons of Africa » ‑ les Descendants loyaux à l’Afrique.

En sa mémoire, la Hampshire College a décidé de récompenser d’une bourse éponyme de 30 000 dollars, attribuée au mérite, tout étudiant qui aura « fourni des efforts prometteurs dans des domaines requérant à la fois des performances universitaires excellentes et de remarquables qualités de leader, que ce soit dans l’institution ou dans la communauté ».


Références bibliographiques

Elinor Des Verney Sinnette, Arthur Alfonso Schomburg, 1989.

Dodson, Howard, “The Schomburg Center for Research in Black Culture,” Dictionary of Literary Biography, Volume 76, Gale, 1988.

Gale, Gale Contemporary Black Biography, 2006.

Robert Knight, “Arthur Alfonso ‘Afroborinqueno’ Schomburg”, History Notes, Global African Community.

Asante, Molefi Kete (2002), 100 Greatest African Americans: A Biographical Encyclopedia. Amherst, New York, Prometheus Books.


Photo de couverture : Viennese illusion // CC BY 2.0 Matthias Ripp
*Afroborinqueño : portoricain noir
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